La Voix

La Voix
Qu'est cette voix qui dépose, le soir, à mon oreille,
Tel l'adulte un enfant devant une cathédrale,
De grands bouquets fleuris aux portes du sommeil
Qui s'ouvrent devant moi sous une pluie de pétales ?

Cette voix me murmure, d'une douceur infinie,
Des psaumes enivrants qui me font frissonner ;
Et j'offre bras tendus tout mon être aliéné
A cette muse qui rythme la cérémonie.

Chaque soir elle renaît de ses évanouissements
En marquant de son sceau ma chair et ma mémoire,
Telle une nymphe dont le chant résonne dans les couloirs
De mon âme-labyrinthe soumise au recueillement.


Maître je ne suis pas de ses apparitions,
Et me suis fait l'esclave de la voix qui me hante.
Le souffle court j'invoque la nouvelle possession
Qui me délivrera de cette longue attente.

Même si je sais qu'au fond ce n'est rien qu'une voix,
Je ne puis m'empêcher d'implorer sa venue.
Mon désir enflammé pose l'esquisse d'un nu
Dans la fresque sonore où je plonge et me noie.

# Posté le samedi 14 mai 2005 10:24

Modifié le dimanche 15 mai 2005 09:46

Ce que charrie le flot de vie

Ce que charrie le flot de vie
O combien fascinante est l'horrible machine,
Ce cadavre animé, cet enchevêtrement
D'organes. Que charrie la nourrice sanguine,
Que porte en lui le flux du secret écoulement ?

De tendres lolitas ont nagé en mes veines.
Délicates et pures, ces nymphes dionysiaques
Mes songes ont couvés en soufflant leur haleine
Chaude sur les parois d'un puits paranoïaque.

Vous, mes amis, mes frères, à moi par le sang liés,
Avez gonflé le flot de mes désillusions.
Nous nous sommes perdus, nous autres fous alliés,
Dans l'épanchement noir de fortes effusions.


De frêles barques folles en mes artères voguent.
Echoués ça et là, les flacons de l'ivresses
Font barrage et se dressent, en tristes nécrologues,
Vomissant le jus d'un pathétique S.O.S.

Le scalpel entre en moi - la douceur prénatale
Envahit ma mémoire - je m'égorge, broyé.
Le coït unissant la chair et le métal
Explose en un dégorgement de mes noyés.

Du roman de ma vie je pose l'épilogue.
Sur la page dernière, sous mes doigts les mots filent.
Tu t'obstines à nier l'aube du monologue,
Accrochée à mon cou. Sous tes doigts l'hémophile

Se meurt.

# Posté le samedi 14 mai 2005 10:22

Modifié le dimanche 15 mai 2005 09:46

La scission déchirante d'une illusoire fusion

La scission déchirante d'une illusoire fusion
Beauté, ma solitude a côtoyé la tienne,
Mais l'hermétisme épais n'a point offert de faille.
Nous avons cru mêler nos âmes et nos entrailles
A jamais, défiant l'érosion quotidienne.

Je te regardais vivre à travers la paroi
De verre de mon autisme, et étais apaisé
Par ta voix. Ô ma reine, tu m'as couronné roi.
Notre royaume fut ce nous idéalisé.

Nos corps se sont mêlés de frissons hasardeux.
Nous nous imaginions, heureux, ne plus faire qu'un.
Mais deux corps emboîtés ne sont jamais que deux ;
De moyen de fusion, il n'en existe aucun.

Quant aux esprits, ils courent après la délivrance,
Cherchant à se rejoindre à l'acmé du plaisir. "
Petite mort " ne donne de l'autre que l'absence.
L'individu s'éteint ; rien n'est plus à saisir.


Les amants apaisés sont parés du costume
De leur peau. Entre eux deux, Apollon, en vainqueur,
Se tient droit. Ils s'embrassent, emportés d'amertume,
Cultivant l'illusion qui s'acharne en leurs c½urs.

Mais la séparation est une déchirure.
Aux cris de solitude, le silence fait écho.
En l'être abandonné se dessine la fêlure,
Chant macabre teinté de craquements cervicaux.

Il me faut, solitaire, poursuivre le voyage.
Hélas, mis en abîme, j'ai mal de subsister.
La barque sombre, elle coule, n'ayant pour équipage,
Qu'un enfant qui ne peut pas même se supporter.

# Posté le samedi 14 mai 2005 10:20

Modifié le dimanche 15 mai 2005 09:47

Communion

Communion
Que défaillent tous ceux
Qui ne pourront point ouïr
Ces paroles de sagesse
De l'Eros Necropsique.
Qu'ils périssent par le feu,
Ceux qui refusent de jouir
Et répandent dans leurs messes
Leurs sermons oniriques.

Qu'ils viennent avec leurs croix
Et toute leur fantaisie
Combattre la chaleur
Qui gonfle nos poitrines.
Le blasphème est un choix,
Nous prônons l'hérésie
Et clamons le bonheur
Du sacrilège intime.

Nous nous faisons porteurs
De la nouvelle parole.
Avancez mes amis
Dans ce temple hédoniste.
Ici aucun saigneur
Ne quémande son obole,
Ni ne condamne le fruit
Des pratiques onanistes.

Les dévots et leurs prêtres
Se mettent à genoux
Et s'en vont dévorer
De leur dieu son enfant.
Ici sans aucun maître
Nous nous donnons à vous
et vous disons : " Goûtez,
Ceci est notre sang ! "

A Marie je préfère
La jolie Messaline,
Je bois à son calice
Le flot de la passion.
Je dévore sa chair,
Ruisselante de cyprine,
Savourant les délices
De la menstruation

Assassinons ce soir
Le grand inquisiteur
Qui au nom de l'amour
Tua les marginaux.
Ne perdons pas espoir,
L'homme en blanc aura peur.
Que subisse le vautour
La colère des corbeaux !

Si nous sortons vaincus
Nous irons nous terrer
Et dormirons cent ans
Couchés dans nos cercueils ;
Attendant la venue
De nouveaux messagers
Qui offriront leur sang
Drapés de vieux linceuls.
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# Posté le samedi 14 mai 2005 10:16

Modifié le dimanche 15 mai 2005 09:47

Avortement suicidaire

Avortement suicidaire
Petite perle anonyme
Frémissante de vie
Lovée dans la tiédeur
D'un ventre féminin,
Fille issue de l'intime,
Fils né de l'envie,
Innocent voyageur,
Tu ne demandais rien.

Mais l'on t'a fait surgir
Du silence éternel
En te faisant captif
De l'intra-utérin,
Du confort révulsif
D'une enveloppe charnelle
Promise à devenir
Charogne au lendemain.
Nostalgie du néant
Et fantasque intuition
T'ont conduit au refus
De la vie - du grand mal.
Attiré par le " Non ! "
L'embryon que tu fus
S'enfuit en un sanglant
Suicide ombilical.

Ô mon défunt foetus,
La charnelle transcendance
Illusionna nos âmes
D'amants nus et ravis.
Enflammés par Vénus,
Nous fîmes don de l'infâme :
La mort et la souffrance
Qui sont filles de la vie.

# Posté le samedi 14 mai 2005 10:04